Noël : La tunique de Raïcha

Publié le par ndmonbahus

Le mois de décembre a été pour la classe de 6è l'occasion d'aborder la signification des fêtes de Noël et du "cadeau de Dieu". Ils ont ainsi préparé pendant deux semaines la mise en scène d'un texte écrit par M.M. VANDEWALLE : 

La tunique de Raïcha

 

Ils ont ainsi proposé leur mise en scène lors de la célébration de Noël du vendredi 17 décembre, entourés des élèves de l'école primaire, des enseignants et des parents.

 

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LA TUNIQUE DE RAICHA

 

            C’était un jour de marché. La ville résonnait des cris des marchands. Les gens se bousculaient à travers les ruelles étroites. Soudain, la foule commença à s’agiter, une rumeur s’enfla de proche en proche.

            Des enfants couraient en criant : « Ils s’en vont, ils s’en vont… Ils s’en vont… » Des femmes disaient en se hâtant : « C’est à cause d’une étoile… » Des vieillards répétaient gravement : « Le Roi du monde nous est né… »

Un garçon de douze ans, agile et nerveux, se faufila aux premiers rangs de la foule.           Il s’appelait RAICHA.

            Des hommes venus de loin s’affairaient autour de leurs chameaux. Ils chargeaient des coffres précieux, des provisions pour continuer leur voyage.

RAICHA ne les quittait pas des yeux. Des cris montaient autour de lui : « Ils s’en vont, les savants qui parlent aux étoiles… Ils s’en vont, Gaspar, Melchior et Balthazar… Ils s’en vont derrière une étoile… »          Une mère tirait son fils par la main en disant : « Ne regarde jamais cette étoile, elle t’attirerait aussi… »

- Moi (dit Raicha), je voudrais tant voir l’étoile… Je la suivrais, je l’aimerais. Gaspar, emmène-moi, je veux aussi aller là-bas.

- Tu es bien jeune (dit Gaspar, le savant qui savait lire dans le ciel). Et puis qu’offriras-tu ? Regarde, nos présents sont déjà prêts…

Raicha baissa la tête. Il n’avait que ses mains, il n’avait que son cœur. Balthazar lui dit : «  Nous attendrons l’aube pour partir. »

            Raicha rejoignit sa mère dans leur petite maison. Il lui confia son désir de partir, d’avoir un trésor à offrir au Roi du monde, lui aussi… La mère de Raicha filait le chanvre. Elle écouta son fils et son visage s’éclaira d’un sourire.

« Je sais moi ce que tu offriras ». Elle alla vers un vieux coffre vermoulu. Elle tira du coffre une tunique de soie à larges bandes de couleur. Raicha, ébloui, regardait la tunique scintillante. Sa mère lui dit : « Je l’ai tissée pour toi, Raicha, pour qu’un jour tu sois le plus beau. Mais vois-tu, mon fils, si ton cœur décide de la donner, tu es libre… (et elle ajouta : ) Cette tunique a une histoire. Tout au long de ma vie, j’ai rencontré des amis. Ils m’ont donné les fils de soie qui ont tissé cette tunique. Ils y ont mis leurs peines, ils y ont mis leur foi, ils y ont mis leurs larmes. Si tu donnes cette tunique au Roi du monde, il comprendra. Écoute Raicha, écoute…

            C’est la tunique d’Arka, le vieux semeur. Un jour, j’ai soigné sa fièvre… Il m’a donné cet écheveau de soie bleue…  C’est la couleur de l’amitié…

            C’est la tunique de Septira, la vieille mendiante que ses fils et ses filles avaient oubliée. Je l’ai si longtemps écoutée. Elle m’a donné cet écheveau de soie grise. C’est la couleur de la solitude.

            C’est la tunique de Rila, le serviteur qui peinait durement sur sa terre.

Le maître, sans pitié, n’accordait aucun repos… Avec lui, j’ai bêché jusqu’à la tombée de la nuit, pour l’aider. Il m’a donné cet écheveau de soie jaune.

C’est la couleur de la sueur, c’est la couleur de la misère.

            C’est la tunique de Malenda, qui pleurait près de son enfant mort… Rien, je ne pouvais rien pour elle. Je lui ai pris la main et nous avons pleuré ensemble. Elle m’a donné cet écheveau de soie blanche. C’est la couleur de la peine… Elle m’a donné ces quelques fils d’argent ce sont nos larmes partagées…

            C’est la tunique de Yogi et Vrenella, si beaux et si jeunes en leur matin de noces. Ils m’ont dit : «  Viens chante avec nous, viens danse avec nous, et prends cet écheveau de soie verte… C’est la couleur de notre espoir… »

Avec le blanc, couleur de peine, et le vert, couleur de joie, avec le gris de solitude et le doux bleu de l’amitié, avec la fleur de la vie et la fleur du souvenir, avec le jaune de la misère et le blanc du linceul de la mort, heure après heure, mon fils, j’ai tissé la tunique.

Un jour, j’ai vendu tout ce que j’avais pour un écheveau de soie rouge…

Car le rouge est la couleur de l’amour, couleur de la tendresse de chaque jour.

            A l’aube, discrètement, la caravane des Rois mages s’en est allée, avec Gaspar,      Balthazar et Melchior…            et Raicha. L’étoile brillante les a guidés.                   Elle s’est arrêtée à Bethléem, et ils sont entrés dans la maison du Roi du monde.

- Voici de l’or pour ce petit Roi nouveau-né (a dit Gaspar).

- Et voilà l’encens pour ce fils venu du ciel (dit Melchior).

- Que la myrrhe lui soit hommage ! (a dit Balthazar).

Et Raicha murmure : « Voici la tunique de soie que ma mère a tissé pour toi. »

            L’enfant s’en est amusé parce que la tunique était colorée. Et soudain, serrant contre lui la tunique rayée, sans encore en savoir tout le prix, l’enfant Jésus, pour la première fois, à pleines mains a saisi la vie des hommes pour qu’elle devienne sa joie.

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